Les chalutiers congélateurs Grande Hermine (production de filets de cabillaud) et Joseph Roty (production de surimi base à partir de filets de merlan bleu) effectuent des campagnes de pêche de 10 à 12 semaines avec une escale à mi parcours pour refaire des vivres et du carburant et décharger le cas échéant tout ou partie de la production en cale.
L’effectif total des deux navires représente 94 marins dont 60 Français, 21 Portugais, 11 Polonais, 1 Anglais, 1 Brésilien. En mer, le navire travaille 24 heures sur 24. Les équipes se relayent au rythme des changement de quarts, avec des activités différentes selon les services.
À la production, certains marins ont un travail spécialisé dans l’usine embarquée; d’autres passent successivement du pont à l’usine plusieurs fois par 24 heures.
Sur le pont, ils participent au filage (mise à l’eau) puis au virage (remontée) du chalut. Leur travail comporte aussi le ramendage : réfection des mailles du chalut.
Dans l’usine du navire, ils conduisent les machines de filetage du poisson et contrôlent les filets obtenus. En outre, sur le Joseph Roty, ils conduisent les machines de pulpage, lavage et essorage qui transforment les filets de poisson en surimi base.
Les marins conditionnent les filets de poisson ou les plaques de surimi base et les chargent dans les fours de surgélation. Puis ils stockent les plaques congelées dans la cale frigorifique du navire

À la passerelle, le capitaine, le second et le lieutenant se relayent à la surveillance des radars, sondeurs et sonars à poisson. Ils manœuvrent le navire pour diriger le chalut sur le poisson. À la fin du trait (séquence pendant laquelle le chalut est tracté sur le fond ou entre deux eaux), ils manœuvrent les treuils de virage puis filage du chalut en coordination avec les marins du pont.
À la machine, les officiers mécaniciens et les graisseurs se partagent entre conduite et maintenance : conduite des moteurs et groupes électrogènes; maintenance ou réparation des moteurs et des installations hydrauliques (treuils), frigorifiques et électriques (usine) du navire…quand ils ne sont pas appelés à la rescousse pour aider les matelots à traiter le poisson dans l’usine en cas de forte pêche.
Dans les buanderies, les batteries de machines à laver tournent une grande partie du temps.
Aux cuisines, sur chacun des deux navires, un cuisinier et un boulanger préparent les repas à midi et 18 heures et les casse-croûtes à minuit et 6 heures pour tout l’équipage. Du pain frais est pétri et cuit chaque jour. Sur le Joseph Roty, l’avitaillement pour six semaines de voyage comprend notamment 2 500 kg de viande, 3 250 œufs, 1 200 litres de lait, 250 litres d’huile, 1 650 kg de légumes, 300 têtes de laitue, 250 kg d’orange, 300 kg de pommes.
Pendant la campagne, les contacts avec la famille sont maintenus par téléphone. Sur le Joseph Roty, les marins disposent de cartes téléphoniques. En cas d’accident ou problème de santé, le navire se met en contact radio avec un service spécialisé de l’hôpital Purpan de Toulouse qui préconise les soins nécessaires à l’infirmerie du bord et/ou ordonne l’évacuation du marin.
En fin de voyage, les marins participent au déchargement puis disposent de temps de congés et repos. En moyenne, les marins de Compagnie des Pêches Saint-Malo naviguent sept mois et demi par an et sont en congés quatre mois et demi. Les périodes d’activité et d’arrêt des deux navires sont fonction de la saisonnalité de leurs pêches respectives. Le Joseph Roty s’arrête trois mois et demi pendant la période d’été alors que les arrêts de Grande Hermine sont plutôt répartis autour de décembre, avril et août.
Par ce début de nuit de février, la mer est quelque peu agitée dans le Sud Ouest Irlande. Le vent souffle fort, les marins sur le pont ignorant les conditions s’affairent aux manœuvres de virage du chalut, ce grand filet en forme d’entonnoir, savant tressage de cordages lesté par de grosses chaînes et maintenu ouvert en profondeur par des panneaux divergents à 600 mètres de profondeur. Le Chef ramendeur dirige la manœuvre sur le pont, lance ses ordres dans le grincement des câblages s’enroulant lentement sur un gros treuil. Le Capitaine à la barre surveille et maintient le navire dans l’axe du vent, les à-coups dus à la houle rendent le travail périlleux et la fragilité du chalut demande encore plus d’attention pour la manœuvre.
Quarante minutes que nos hommes sont sur le pont et l’activité redouble, il est maintenant temps de brancher une grosse pompe sur le cul, cette poche finale du chalut aux maillages réglementés dans laquelle s’est emmagasiné le merlan bleu. Soulagement du Capitaine, la mise à l’eau de la pompe s’est déroulée sans soucis, l’aspiration du poisson dans les trunks, réserves du Joseph Roty, a déjà commencé…
Vingt minutes passent, appel de l’usine, j’écoute… "Juste le compte, les trois réserves sont pleines et poissons de belle taille, 28 à 35 centimètres"… crie le chef d’usine dans l’interphone qui laisse entendre au loin le brouhaha de 8 fileteuses, première étape de la préparation du surimi, la récupération des filets de poisson.
Déjà 23H50, relève de quart, le vent est tombé mais la mer reste forte. Les consignes sont claires pour le Second : "Patrouille lentement dans le secteur, on ne filera le chalut qu’au petit jour désormais. Attention à ne pas faire rouler le bateau, il ne s’agirait pas maintenant d’abîmer le poisson dans les trunks".
3H00 du matin. Le baromètre remonte lentement, la mer se couche, les prévisions météorologiques sont bonnes et les échos sur l’écran du sonar ne font aucun doute, le banc de poissons est bien là à tribord. Au loin, le lieutenant a repéré six gros bateaux en "route recherche", sans doute des Norvégiens. "Route vers le large, pas la peine d’attirer tout ce petit monde dans le secteur". Coup de téléphone du Directeur de Production : "1450 kilogrammes à l’heure en moyenne de production surimi base, ce sera normalement une bonne journée".
4H30. Sur l’écran radar, nos nordiques ont fait demi tour. Et bien pour nous, ce sera cap vers l’Est à décroiser l’alignement du banc de poissons repéré la veille. Les yeux rivés sur les appareils, un bon quart d’heure en route passe avant que sur nos sondeurs n’apparaissent les premières détections. Un rapide passage par-dessus et c’est désormais au sonar que nous traquerons le poisson vers le bout Sud.
5H50. "Bonjour Cap’tain… bonne apparence, on a un minimum de 20 miles (1 mile = 1852 mètres) vers le Nord". Tout bon, les vents sont Sud Ouest, cap au 235 °, en route toute… A filer pour 6 heures, 1450 mètres de câbles, jonction entre le navire et le chalut. Le Capitaine devra encore patienter 30 minutes avant de stabiliser la gueule du chalut à la bonne profondeur et voir entrer le poisson par l’intermédiaire d’une sorte de caméra (Neztsonde) placée au départ de l’entonnoir et puis de diriger l’engin de pêche sur tribord ou bâbord, de droite à gauche, virer ou filer du câble afin de descendre ou remonter le filet et ceci avec l’aide des sondeurs et sonar…